samedi 31 mars 2007

Recette de Parfum : Eau de Cologne aux Fleurs - Mon rêve

J'aime beaucoup cette recette de l'ancienne usine Brocard. Les proportions sont cachées, jouent de façon presque codée et restent secrètes pour le profane. Nous sommes en 1921. Les Brocard quittent la Russie pour la France, leur patrie, après plus de 50 ans d'une aventure passée au pays des Tsars.

Les grands succès de la firme de parfum sont réedités pour le marché Français comme hier, de Moscou.

Cependant certains ingrédients ne sont plus disponibles suite à la Révolution Russe. Il faudra remplacer le Musc subtile de Sibérie.
La civette existe encore et se conjugue avec trois autres muscs différents. On imagine une présence assez marquée et pérenne.

Il est amusant de noter la combinaison de parfums entre eux, avec dans cette formule de "Mon Rêve" d'autres extraits de parfum de l'essence pour Cologne aux fleurs. Un jeu combinatoire en cascade protégeant tout autant la "propriété intellectuelle" des formules.

Les infusions de Musc de Tonkin, d'ambre noir, de Castoreum, de Vanille, remplacement tous ensemble le Musc de Sibérie. Mon rêve !

Brocard : ils démocratisent le savon en Russie

1864, dans un garage, Henri Brocard invente sa start-up dans le domaine de la parfumerie. Comme hier à Marseille l'industrie sera celle des savons. Le peuple de la Russie des Tsars au milieu du 19e siècle ne dispose pas du savon. La thématique de l'hygiène progresse en Europe depuis la fin du temps des lumières. Le savon Brocard à un kopeck va le rendre accessible dans les chaumières et transformer la vie domestique.

Henri Brocard avait appris son métier de parfumeur à Paris grâce à son Père, puis aux USA dans les années 1840, où il gagna avec son frère différents prix et récompenses.

Le savon va rendre populaire la marque Brocard dans tous les recoins de l'Empire des Tsars.
Son épouse Raway, férue de culture russe sera grandement inspirée sur le terrain du marketing : savons pédagogiques dessinés en lettre de l'alphabet, savons enveloppés de modèles de broderies russes traditionnelles pour les mères de famille, savons aux multiples usages et propriétés.

Je reprends la liste des différents savons qui étaient proposés aux revendeurs en 1896 :
Savons de toilette aux pois de senteur, à la véra violette, aux fraises, à l'anémone du Japon, aux Lilas de Perse, à l'idéal rêvé, au Lwsonia des Indes, à M-me sans Gêne, au Musc, à l'Orchidée, à la violette russe blanche des bois, au Trèfle du Japon, à la peau d'Espagne, à la violette de Parme, à l'Opoponax, à la rose ducale, à la Rose La France, à l'Arum d'Egypte, à l'Heliotrope, à l'Ixora, au Foin frais, au Jockey Club... La liste est longue presque poétique.

D'autres savons étaient destinés à un usage médical : le savon carbolique, le savon antipelliculaire, le savon ponce, celui au borax-menthol, le savon Tchéremoukha (merisier), le savon au bouleau, celui à la vaseline pour les peaux et mains délicates...

Il me reste aujourd'hui un savon "Mai fleuri", qui presque 100 ans plus tard, conserve encore toujours sa palette d'odeurs et laisse imaginer les effluves du parfum du même nom comme la qualité des essences utilisées.

En observant le catalogue Brocard (1896), près de 200 savons différents sont proposés à la vente, chacun disposant d'essences, de propriétés, d'un nom et d'un emballage particulier.
Ce fut le début de l'aventure de produits Brocard, qui se prolongea à l'ensemble de l'univers des parfums ensuite, avec un immense succès validé par des prix aux différentes expositions universelles.

Extrait de parfum : Lilas de Perse - Brocard

© Family Brocard.
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Il n'existerait plus dans le monde que trois flacons de parfum du fameux "Lilas de Perse" de la parfumerie Brocard.

Dernièrement à Moscou, une bouteille utilisée par l'épouse de Lyubov de Blok, a été offerte par des descendants de la famille au Musée Shakhmatovo de Moscou.

"Lilas de Perse" porte le numéro de référence 1461 dans le catalogue des Prix-courant de gros de la Parfumerie sous le lable : extrait de parfum "Lilas de Perse".
Ce parfum suscita l'intérêt de la Cour du Tsar et reste un des must de la société de Parfumerie Brocard & Cie à Moscou (rue Nikolskaïa, Maison du Comte Chérémeteff).

jeudi 29 mars 2007

Hiver russe : les Brocard en traineau

© Family Brocard.
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Cela reste un peu familial et déconnecté du monde des parfums, mais bon, cette photo peu conventionelle donne un aperçu original de la vie à Moscou durant la période hivernale.

La famille passait habituellement l'hiver sur la côte d'Azur dans sa villa des Chômettes.
Le trajet de Moscou à Nice devait être relativement long, en partie en voiture à cheval et par quelques liaisons en train.

Cette année là sans doute vers 1880, Charlotte et Henri Brocard étaient de retour à Moscou.
La photo hormis le sujet central est surexposée mais l'on distingue sous la tête du cheval un tonneau qui pourrait aider à situer le lieu. S'agit-il de la cour de l'usine où se trouvait beaucoup de containers ? D'une place en ville comme le souligne le lampadaire dans l'axe de la tête d'Henri Brocard ?

Le climat semble glacial. Charlotte est emmitouflée dans différentes épaisseurs de vêtements et un large manteau. Henri tient les rênes du traineau. Le cheval est à l'arrêt. Le photographe saisit l'instant et capte le regard de Charlotte mais n'a probablement pas été satisfait du tirage dont il réhausse au crayon les pupilles des yeux, la barbe, ou le crin du cheval.

mardi 27 mars 2007

Célébration des 25 ans de l'usine Brocard

© Family Brocard.
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Nous sommes au sein de l'usine, en 1889, un peu avant midi, pour une célébration marquant l'anniversaire des 25 ans depuis la création de la firme Brocard. Des prêtres orthodoxes officient en présence du personnel de la société. Cette photo avait été reprise dans le livre sur le Jubilée de l'usine (p.89). Mais celle-ci dispose d'une qualité largement supérieure. A droite se détache 4 immenses icônes cerclées de cadres en argent provenant probalement du Musée Brocard dans la maison privée attenante.

Les cadres et ouvriers de l'usine ont été réunis pour l'occasion.
Au second plan, derrière les têtes pieusement inclinées des femmes voilées, se distinguent quelques membres de la famille. (Pour cela il convient de cliquer sur la photo pour l'agrandir).

Dans l'axe de la porte noire du bâtiment se trouve de profil Charlotte Brocard, née Raway. A ses côtés sur la droite se tient Henri Brocard, le parfumeur. Sur sa droite la tête à demi courbée, se situe probablement Emile. A gauche de Charlotte Brocard pourrait se trouver Marie Ferrand mais le visage n'est pas très net. Sur sa droite, doté d'une moustache se reconnait Auguste Ferrand.

Une nourrice avec une sorte de diadème dans les cheveux et Henriette Ferrand dans ses bras, se distingue nettement à la gauche de Charlotte Brocard. Sa maman, Eugénie Ferrand née Brocard les accompagne juste à côté. L'enfant n'est probalement pas bien silencieuse, attirant l'attention d'un de ses voisins. La pose du photographe fut assez longue comme le suggère quelques visages presque effacés. La saison semble intermédiaire, quelques arbustes disposant encore de leurs feuilles et les hommes et femmes arborant quelques feutres, lainages, étoffes ou pardessus plus chauds.

Dans quelques instants, après la célébration, un repas sera servi pour les quelques 400 convives, en plein air, dans la cour de l'usine. La soleil de Moscou réchauffe l'atmosphère de ce 8 mars 1889.

vendredi 23 mars 2007

Brocard : art nouveau et parfumerie


Nous sommes à Moscou dans un des magasins Brocard avant 1914. Six vendeuses et deux vendeurs au fond de l'espace d'exposition sont prêts à vous accueillir. La gamme des produits est vaste : une palette de savon aux multiples propriétés, de subtiles parfums inventés par les nez-compositeurs, des crêmes, poudres, nécessaires de toilette...

Les meubles et les peintures signent un style et une facture "Art Nouveau", tournant du siècle, sommet d'invention avant la fracture de la Grande Guerre.

Sur le mur du fond se retrouve les armes de la famille Impériale, soulignant le rôle de fournisseur officiel de la Cour. Aujourd'hui la parfumerie "Nouvelle Etoile", descendante de celle fondée par Henri Brocard reste toujours fournisseur du Kremlin.

Les flacons gardant précieusement les essences fines et compositions venues d'autres contrées, discutent entre eux sur les étagères. Des millions d'autres bouteilles attendent dans les réserves. En 1914, près de 16 millions de flacons en verre furent commandés par Brocard pour distribuer ses produits en Europe, aux USA et en Asie.

dimanche 18 mars 2007

Henri Brocard dans l'intimité

Nous avons quelques photos posées d'Henri Brocard mais très peu dans son laboratoire ou son intérieur.

Celle-ci est étonnante. Le photographe apparaît tel une ombre dans la glace au dessus de la console. De qui s'agit-il ? D'un membre de la famille ? D'un ami ? Le cliché n'est pas académique et donne une dimension personelle à la scène.

Henri Brocard quitte la pièce, de profil. On observe quelques tableaux provenant de la collection du grand parfumeur, disposés de façon symétrique à gauche et à droite du trumeau. Sièges élaborés, paravents chinois, cartels, porcelaines fines, ouvrages d'art et un certain agencement spontané souligne un lieu habité, chaleureux, dans une scène de vie saisie sur le vif, sans doute dans la maison de Moscou.

Dans la photo qui suit, Henri Brocard, en fin d'après-midi l'été prend le frais dans la véranda de la Datcha de Voronsov. Il est relativement jeune, considérant peut-être avec attention une formule de parfum, d'onguent, ou quelques nouvelles de la lointaine France.

© Family Brocard.
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